Dossier
Que faire après des spécialités littéraires
L’ancien bac L n’a pas disparu, il s’est recomposé. Avec HLP, langues, arts ou histoire, on peut viser les arts et la culture, mais pas tous les métiers sans sélection ni pratique.
Le « bac L » existe encore, mais il a changé de forme
L’ancien bac L n’existe plus. Son équivalent moderne, ce n’est pas une série unique. C’est un profil construit avec des spécialités comme humanités, littérature et philosophie, langues, littérature et cultures étrangères, histoire géographie, géopolitique et sciences politiques, arts, parfois théâtre, cinéma, musique ou arts plastiques selon les lycées. Le point commun reste clair : vous travaillez avec des textes, des images, des langues, des idées, des œuvres, des références culturelles.
Ce profil peut mener vers les arts et la culture, mais pas automatiquement. Il donne une base utile pour comprendre, analyser, écrire, argumenter, présenter un projet, défendre une interprétation. Ces compétences comptent beaucoup dans les études de lettres, d’histoire de l’art, de médiation culturelle, de patrimoine, de cinéma, de spectacle vivant ou d’édition. En revanche, elles ne remplacent pas une pratique artistique solide quand la formation demandée sélectionne sur dossier créatif, audition, portfolio ou entretien.
Il faut donc distinguer deux familles de débouchés. D’un côté, les voies où l’on étudie les arts et la culture : histoire de l’art, lettres, philosophie, langues, sciences humaines, médiation. De l’autre, les voies où l’on produit ou conçoit : design, cinéma, théâtre, musique, arts plastiques, métiers d’art. Les premières demandent surtout une bonne capacité de lecture, d’écriture et de travail personnel. Les secondes demandent aussi une pratique régulière, visible et assumée.
Avant de choisir, posez les bonnes questions
La mauvaise question est : « Qu’est-ce que je peux faire avec mes spécialités littéraires ? » La bonne question est : « Quel rapport est-ce que je veux avoir avec les arts et la culture ? » Il y a une grande différence entre aimer lire, vouloir écrire, aimer les musées, vouloir devenir artiste, organiser des événements culturels ou travailler dans le patrimoine.
Premier critère : votre rapport à la pratique. Si vous dessinez tous les jours, filmez, montez, jouez, écrivez, chantez, composez ou créez des formes, vous pouvez viser une formation où la création occupe une vraie place. Si votre lien aux arts passe surtout par l’analyse, la lecture, la visite, la critique ou l’histoire des œuvres, une licence universitaire peut être plus cohérente.
Deuxième critère : votre tolérance à l’incertitude. Les métiers artistiques et culturels sont attractifs, donc sélectifs et souvent instables au début. Les trajectoires sont rarement linéaires. Il faut accepter les projets courts, les concours, les candidatures multiples, les stages, les réseaux professionnels, les périodes de doute. Ce n’est pas une raison pour renoncer. C’est une raison pour choisir avec lucidité.
Troisième critère : votre niveau d’autonomie. À l’université, personne ne vous portera. Vous devrez lire beaucoup, produire des travaux longs, chercher des stages, construire votre spécialisation. En classe préparatoire, le cadre est fort, mais le rythme est lourd. En école d’art ou formation artistique, le travail personnel compte autant que les cours. Dans tous les cas, le profil « littéraire » ne suffit pas. Il faut montrer du sérieux, de la curiosité et une production réelle.
Université, prépa, école d’art : quelle voie pour quel profil ?
Dans les arts et la culture, trois grandes voies reviennent souvent après des spécialités littéraires : l’université, la classe préparatoire littéraire, et les formations artistiques publiques ou sélectives. Elles ne mènent pas aux mêmes usages des compétences littéraires.
| Voie | Pour qui | Points forts | Limites à connaître |
|---|---|---|---|
| Université en lettres, arts, histoire de l’art, philosophie, langues, sciences humaines | Élèves qui aiment lire, écrire, analyser, travailler seuls | Large culture, spécialisation progressive, bonne base pour médiation, patrimoine, édition, enseignement, recherche | Débouchés à construire activement, nécessité de stages, projets et choix de master cohérents |
| Classe préparatoire littéraire | Très bons élèves, réguliers, capables d’un gros volume de travail | Méthode solide, haut niveau en dissertation, langues, histoire, littérature, ouverture vers concours et université | Rythme exigeant, peu adaptée à ceux qui veulent créer tout de suite ou construire un portfolio |
| Formations publiques d’art, design, spectacle, cinéma, métiers d’art | Élèves avec une pratique, un dossier artistique, une motivation concrète | Formation par projet, encadrement créatif, mise en situation, professionnalisation possible | Sélection réelle, attentes fortes sur la pratique, débuts professionnels souvent progressifs |
Il faut trancher : si vous n’avez aucune pratique artistique sérieuse, ne choisissez pas une formation de création uniquement parce que « l’art vous plaît ». Vous risquez de découvrir trop tard que les autres candidats ont déjà un carnet, des essais, des films, des maquettes, des textes, des scènes, des morceaux. Dans ce cas, commencez par une licence liée aux arts, ou prenez le temps de construire un dossier cohérent.
À l’inverse, si vous avez une pratique forte, ne vous cachez pas derrière une licence générale par peur de la sélection. Tentez les formations adaptées, tout en gardant des vœux plus ouverts. Le bon dossier n’est pas celui qui répète « je suis passionné ». C’est celui qui prouve une démarche : travaux personnels, références, essais, progression, capacité à parler de ses choix.
Les débouchés réels dans les arts et la culture
Le mot « culture » regroupe des métiers très différents. Certains sont proches des œuvres, d’autres de l’organisation, d’autres de la transmission. Après des études littéraires ou artistiques, les débouchés possibles existent, mais ils demandent souvent un niveau de formation avancé, des expériences et une spécialisation.
Dans la médiation culturelle, on conçoit des actions pour relier des publics à des œuvres, des lieux ou des événements. Cela peut concerner des musées, des bibliothèques, des festivals, des théâtres, des centres culturels, des collectivités. Le profil littéraire est utile, car il faut écrire, expliquer, adapter son discours, préparer des visites, produire des supports. Mais la médiation n’est pas seulement « parler d’art ». C’est aussi organiser, accueillir, travailler avec des publics variés, parfois gérer des contraintes de terrain.
Dans le patrimoine, l’histoire de l’art, l’archéologie ou les métiers des musées attirent beaucoup. Les places stables sont recherchées et les concours peuvent être difficiles. Il faut souvent poursuivre au-delà de la licence, viser un master cohérent, multiplier les stages et accepter une forte concurrence. Si vous aimez les œuvres anciennes, les archives, les objets, les monuments et la recherche documentaire, c’est une voie solide intellectuellement. Si vous cherchez une insertion rapide, ce n’est pas forcément la plus directe.
Dans l’édition, la librairie, les bibliothèques et les métiers du livre, les spécialités littéraires ont du sens. Il faut aimer les textes, mais aussi comprendre les publics, les catalogues, la diffusion, la médiation, parfois la gestion. Lire beaucoup ne suffit pas. Il faut savoir défendre un choix, corriger, synthétiser, organiser une information, tenir un calendrier de production ou d’animation.
Dans le spectacle vivant et le cinéma, deux profils coexistent. Le profil artistique veut jouer, écrire, réaliser, mettre en scène, créer. Il sera jugé sur sa pratique. Le profil culturel veut programmer, produire, accompagner, administrer, communiquer, coordonner. Il sera jugé sur sa rigueur, son sens du projet et sa connaissance du secteur. Dans les deux cas, le réseau professionnel se construit tôt, par les ateliers, les stages, les projets collectifs et les rencontres de terrain.
Dans la communication culturelle, attention au malentendu. Ce n’est pas « faire de la culture avec un peu d’écriture ». C’est produire des messages, choisir des supports, comprendre un public, travailler avec des contraintes d’image, de budget et de délai. Un bon profil littéraire peut réussir, surtout s’il écrit clairement et vite. Mais il doit aussi accepter une logique de résultat.
Cas concrets : trois profils, trois choix possibles
Premier cas : une élève a suivi humanités, littérature et philosophie avec anglais approfondi. Elle lit beaucoup, écrit bien, aime les musées, mais n’a pas de pratique artistique régulière. Son meilleur choix n’est pas une école de création. Une licence d’histoire de l’art, de lettres ou de sciences humaines, avec une recherche active de stages en médiation, patrimoine ou édition, sera plus logique. Elle devra construire son projet dès la première année, pas attendre la fin de la licence.
Deuxième cas : un élève a choisi arts plastiques et humanités. Il dessine, photographie, tient un carnet, visite des expositions, sait parler de ses influences. Il peut candidater dans des formations artistiques publiques ou dans des parcours de design et d’arts, à condition de préparer un dossier personnel solide. Il doit aussi prévoir des options moins sélectives. Sa force sera la cohérence entre ses spécialités, ses productions et son discours.
Troisième cas : une élève aime le théâtre, joue dans une troupe amateur, mais hésite entre scène, lettres et médiation. Elle doit séparer le désir de pratiquer et le projet d’études. Si elle veut devenir interprète, elle doit accepter des auditions, une sélection forte et une vie professionnelle incertaine. Si elle aime analyser les textes, organiser des rencontres, accompagner des publics, une licence de lettres ou d’arts du spectacle peut être pertinente. Elle pourra garder la pratique à côté, mais ne doit pas confondre pratique amateur et formation professionnelle.
Ces exemples montrent une règle simple : les spécialités littéraires ouvrent des portes, mais elles ne décident pas à votre place. Ce sont vos preuves qui comptent : copies solides, lectures, productions, stages, engagement dans des projets, capacité à expliquer un choix sans réciter une formule vague.
Parcoursup : formuler des vœux sans se raconter d’histoires
Sur Parcoursup, vérifiez toujours le calendrier officiel publié sur parcoursup.fr, car les périodes changent selon les étapes. Pour les formations en arts et culture, ne vous contentez pas de regarder le titre. Lisez les attendus, les modalités de sélection, les pièces demandées, la place de la pratique, les poursuites d’études, les stages. Un intitulé séduisant peut cacher une formation très théorique. À l’inverse, une licence classique peut offrir une bonne base si vous construisez vos expériences à côté.
Construisez une liste équilibrée. Mettez des vœux ambitieux si votre dossier les justifie, surtout pour les formations sélectives. Ajoutez des vœux cohérents mais moins risqués, par exemple des licences dans des domaines proches. Ne mettez pas uniquement des formations de création si votre dossier artistique est fragile. Ne mettez pas uniquement des licences générales si vous savez déjà que vous avez besoin d’atelier, de projet et de pratique.
La lettre de motivation doit être précise. Évitez « depuis toujours je suis passionné par l’art ». Dites plutôt ce que vous avez fait, ce que vous avez lu, vu, créé, organisé, appris. Expliquez pourquoi cette formation correspond à votre manière de travailler. Si vous visez l’histoire de l’art, parlez d’œuvres, de périodes, de méthodes. Si vous visez le cinéma, parlez de films, mais aussi de vos essais, même modestes. Si vous visez la médiation, montrez que vous comprenez la relation aux publics.
Enfin, regardez la question de la vie concrète. Certaines formations demandent du matériel, des déplacements, des stages, du temps de pratique hors cours. Certaines villes offrent plus d’occasions culturelles que d’autres. Ce ne sont pas des détails. Un bon choix d’orientation, c’est aussi un choix que vous pouvez tenir financièrement, mentalement et logistiquement.
Ce qu'il faut retenir
- Le nouvel équivalent du bac L, ce sont des spécialités littéraires, linguistiques, artistiques et humaines combinées. Elles donnent une base solide, pas un métier automatique.
- Dans les arts et la culture, il faut distinguer analyse des œuvres, médiation, organisation et création. Chaque voie demande des preuves différentes.
- Si vous visez une formation de création, une pratique visible est indispensable. Sans dossier artistique, mieux vaut choisir une voie plus théorique et construire progressivement son projet.
- Les débouchés existent, mais ils sont concurrentiels. Les stages, les projets personnels, l’écriture claire et la spécialisation comptent autant que l’intitulé du diplôme.
Conseillère d'orientation, responsable éditoriale
Marion Delaunay signe des contenus d’orientation centrés sur Parcoursup, l’université et l’accompagnement des familles. Avant publication, elle vérifie la source officielle, la date de mise à jour, les conditio...
Questions fréquentes
Ce qu'on nous demande le plus
Quel est le bac L d’aujourd’hui ?
Il n’existe plus d’équivalent unique. Le profil le plus proche combine souvent HLP, langues, arts, histoire ou humanités, avec un bon niveau d’expression écrite et orale.
Quelles formations viser ?
Les voies cohérentes sont les licences de lettres, arts, histoire de l’art, langues, information et communication, ou les classes préparatoires littéraires. Pour les métiers créatifs, un diplôme public en arts appliqués ou en design peut convenir, mais le dossier doit montrer une vraie pratique.
Quels débouchés réels ?
Les débouchés existent dans la médiation culturelle, le patrimoine, l’édition, la communication culturelle, les bibliothèques, les festivals ou les institutions. Les postes sont souvent concurrentiels, avec des contrats variés au début.
Cette voie convient à qui ?
Elle convient aux élèves qui lisent, écrivent, argumentent et produisent régulièrement. Elle convient moins à ceux qui choisissent les arts et la culture par défaut, sans curiosité, sans méthode et sans travail personnel visible.
Ce dont parle ce dossier
Les formations et métiers concernés

Classe préparatoire · Bac+2
Prépa littéraire (hypokhâgne)
Prépa exigeante en 2 ans pour aimer lire, écrire, penser et viser des études longues.

Art et design · Bac+3
DN MADE, le diplôme national des métiers d'art et du design
Le DN MADE forme en 3 ans aux métiers d’art et du design, avec une sélection sur dossier. Marion Delaunay.

Métier · Bac+3
Graphiste
Le graphiste transforme un message en visuels clairs, cohérents et adaptés à chaque support.
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